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Chano Lobato
© Jean Louis Duzert
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Chano Lobato



Chanteur rythmique et encyclopédique, Chano Lobato est un sage séduisant, une légende vivante du chant flamenco. Après plus de soixante de carrière, son apport aux musiques ibériques est aujourd'hui incontesté.

 
Portrait

Le mage de Cadix


« Quand Chano chante, il laisse un flamenco au goût de sel ». (1) C’est le sel de la baie de Cadix que Chano a emporté avec lui sur la scène du Théâtre de Nîmes. Le festival de flamenco avait choisi pour finir en beauté une semaine riche en rendez-vous flamencos de nous délecter du chant et de la personnalité d’un grand monsieur du flamenco.

A 80 ans, Chano est fatigué de voyager. Mais pour le festival de flamenco de Nîmes, il a fait le déplacement. Un long voyage de Séville à Nîmes en train, en avion puis en bus et ce en véritable professionnel comme il a été tout au long de sa carrière. « Que personne ne porte mes affaires, je peux le faire moi-même » s’insurge-t il dès que quelqu’un s’approche de sa valise.

A petits pas, il accède sur la scène, accompagné de son guitariste El Niño de la Manuela. A ce moment précis, le vieil homme se métamorphose. Il interprète, avec une force que les plus jeunes lui envient, ces chants qu’il domine à la perfection : bulerias et alegrias. Le public est séduit mais Chano n’en reste pas là : il osera même sa fameuse « pataita » (danse flamenca) avec cette innocence juvénile qui le caractérise. Le silence règne, le public se lève, mission réussie, la grandeur du mage de Cadix a encore frappé.

Chano c’est plus qu’un chanteur, c’est une leçon de la vie. Un petit grand monsieur qui a tout vu et tout vécu mais a su rester humble et généreux.
Chano s’en est reparti à Séville avec une ovation de la part du public français. Mais le plus bel hommage de sa carrière, Chano vient de le recevoir, au mois de janvier, quand le ministère de la culture du gouvernement andalou lui a remis le prix de La Niña de los Peines (du nom d’une des plus grandes interprètes de l’histoire du flamenco), un prix que Paco de Lucia a reçu quelques années avant lui. Alors Chano n’a plus rien à prouver seulement beaucoup à raconter.

Sa biographie se résume à une longue liste d’anecdotes. Car Chano n’a que faire des dates, il se souvient à peine de son âge quand son père décède : « 15, 16 ou 17 ans, je ne sais plus. Mais ce que je sais c’est que je voulais être torero et quand je l’ai annoncé à ma mère elle est restée sans voix ». Né en 1927 à Cadix dans une famille de cinq enfants où il est le seul garçon, Chano travaille très jeune. Sur le port de Cadix, il gagne un petit salaire de docker. La faim et la galère font partie du quotidien de sa jeunesse, mais il préfère ne pas s’y attarder. « Après le travail sur les quais, je rentrais à la maison, je mettais mon costume, de la brillantine sur mes cheveux, et partais faire la tournée des bars pour voir s’il y avait une fête flamenca ». C’est avec les gitans de son quartier qu’il s’initie au flamenco. «Je poussais une chansonnette et repartais content avec du poulet à l’ail dans l’estomac et une pièce dans la poche de mon pantalon. C’était comme ça Cadix à cette époque, une pièce de 25 pésètes et en avant pour toute la nuit.»
A 19 ans, Chano intègre en tant que chanteur une compagnie de danse. C’est à partir de ce moment que démarre sa carrière professionnelle. Mais à son arrivée à Madrid, la compagnie se dissout et Chano s’en va chanter dans les bars de Madrid. Ainsi il économise quelques pésètes pour rentrer à Cadix. Là, sa carrière artistique est mise entre parenthèses. Mais le jeune Chano est ambitieux, il quitte Cadix pour Séville et chante dans des tablaos de flamenco. Très vite, il est repéré pour ses qualités dans des chants rythmiques très recherchées dans la danse. Antonio, le grand danseur l’engage pour une tournée mondiale de plusieurs années. Chano passe ainsi plus de 20 ans à chanter pour la danse, l’art le plus difficile dans le flamenco dont il devient le maître incontesté.
Plus tard, il enregistre ses premiers disques en solo, parmi lesquels « Azucar cande » où l’on retrouve la quintessence entre Chano Lobato et Cadix, un port où l’influence caribéenne est plus que présente.
Dans « Azucar cande » les sons des Caraïbes interprétés par les chanteuses Lucrecia o Mayelin se mêlent savamment au flamenco « puro » de Chano.

Il chante et raconte la vie de Cadix, ses personnages et son carnaval. Car à Cadix, même sans le sou, l’important c’est la joie de vivre. A l’instar de Chano, les habitants de Cadix ont le rire facile et toujours une anecdote à raconter. Pourtant il fait partie d’une génération d’artistes qui n’a pas eu la vie facile. Les tournées interminables, les salaires de misère et la difficulté de chanter toujours en retrait derrière les danseurs. Son secret, il le susurre à qui veut l’entendre : « Il ne faut pas être trop sûr de soi dans la vie et il faut toujours apprendre. (…) Il faut observer et étudier et surtout être une bonne personne : avoir du cœur et être humble ».
En plus d’être un chanteur rythmique et encyclopédique, Chano est un sage qui a appris de ses longues années qu’il a partagé auprès des plus grands à l’époque dorée du flamenco. Mais au-delà de tout cela, Chano est une belle personne.

(1) Citation de Jaime Luque parue dans le livre « Tout le sel de la baie », recueil de témoignages d’écrivains et journalistes sur la vie de Chano Lobato.


Nadia Messaoudi

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